Voyage pédestre sur l’île de Moskenesøya dans l’archipel des Lofoten
J’arrive à Bødo. Bien des gens ignorent où se trouve cette ville. Mais, quand on regarde de plus près une carte, on se rend compte qu’elle est située au nord de la Norvège et même au nord du cercle polaire arctique, au-delà du fameux parallèle de 66° 33' 49,7" de latitude nord. Ce cercle est la frontière d’une région où le soleil reste au-dessus de l'horizon pendant au moins vingt-quatre heures consécutives et au moins une fois dans l'année : on parle du soleil de minuit. Norvège, cercle polaire arctique, soleil de minuit : la magie des mots opère tout de suite…
Quand tout jeune, je préparais des expéditions « sur le papier », je m’intéressais aux grandes chaînes de montagnes et aux pays froids du nord de l’Europe et de l’Amérique jusqu’aux étendues glaciaires des pôles. De mes lectures, j’avais retenu l’existence « d’une côte qui présente un inextricable mélange de fjords, d’îles et de bras de mer. La montagne y tombe à pic dans des mers toujours agitées, et c’est le choc répété des vagues contre les falaises qui a sculpté le profil accidenté du littoral1 ». Là-bas, on trouve de petits villages avec des cabanes colorées, faites de planches assemblées à clins. Là-bas, les morues sont séchées à l'air libre sur d’immenses cadres de bois. Là-bas, s’élève dans le ciel une chaîne de montagnes âgée de 3,5 milliards d’année où de splendides pyramides aux proportions parfaites, de grands pics acérés au profil inquisiteur ou encore de nombreuses pointes effilées rivalisent de beauté. Là-bas, la chaleur du Golf Stream vient caresser les côtes et empêche la formation de glaces maritimes autorisant la pêche dès le mois de janvier. Là-bas, les hivers sont anormalement doux au regard de la latitude des lieux. Là-bas, le macareux moine niche sur les hautes falaises surplombant la mer. Là-bas, le Maelström gronde : ce terrible courant marin a longtemps effrayé les navigateurs et inspiré des auteurs comme Jules Verne qui a fait disparaître dans ce vortex le Nautilus du capitaine Nemo dans « Vingt mille lieues sous les mers ». Là-bas, vivaient les guerriers vikings. Là-bas, c’est tout simplement l’archipel des îles Lofoten…
La ville de Bødo, complètement reconstruite après les bombardements allemands de 1940, est la porte d’entrée de l’archipel pour ceux qui préfèrent prendre le bateau plutôt que l’avion ou la voiture. En dehors du port de ferries, il n’y a pas grand-chose dans la ville : un port de pêche et de plaisance, une université, une base de l’OTAN, le musée norvégien de l’aviation, de nombreuses fresques des street-artistes, des maisons en bois ou en briques et quelques immeubles de dix étages. Lorsque je m’y rends au début du mois d’août, il n’y a pas foule dans les rues piétonnes, sur les abords du port ou dans les parcs.
Les Norvégiens se sont peut-être rendus dans les montagnes qui dominent la ville : la montagne de Rønvikfjell, la plus proche, ou plus loin, vers l’est, les montagnes de Steigtinden, de Mjønesfjellet ou encore de Gamlifjell recouvertes de belles forêts. Cet environnement montagnard « au bord de l’eau » inspira de belles pages à Knut Hamsun, le prix Nobel de littérature en 1920 : « De ma cabane, j’apercevais un fouillis d’îles, d’îlots et de récifs, un peu de mer, quelques pics de montagnes bleuissantes, et derrière ma cabane il y avait la forêt, une forêt immense. J’étais plein de joie et de reconnaissance à la senteur des racines et des feuilles, au fumet gras du pin qui évoque l’odeur de la moelle ; ce n’est que dans la forêt que tout en moi se faisait calme, mon âme perdait ses aspérités et s’emplissait de puissance2 ». La nature est une composante essentielle de l’identité des Norvégiens. Ils aiment s’y réfugier et passer du temps dans « leurs cabanes 3 ».
Quelques bateaux de pêche rentrent au port. Une heure durant, je vois des pêcheurs discuter, s’asseoir, se relever puis décharger la cargaison et entrer dans la salle où le poisson sera trié et découpé. Au loin, à l’infini, quelques îlots se perdent entre ciel et mer. La journée tire à sa fin. Je rentre à l’hôtel. Demain, j’irai là-bas…
Jour 1. Bateau, rorbus, hordes de touristes
À peine suis-je installé dans le ferry qu’il s’ébranle et je cède à la joie enfantine du départ. Le bateau quitte le port de Bodo, louvoie au milieu des îlots qui se détachent de la côte norvégienne et traverse le Vestfjord, un immense bras de mer poissonneux qui sépare le continent de l’archipel des Lofoten. Bercé par les agréables mouvements de tangage et de roulis que l’embarcation prend sur la mer, je scrute avec attention l’horizon. Après presque trois heures de traversée, j’aperçois enfin les Lofoten qui dévoilent d’emblée leur caractère montagnard. Le géant des mers s’approche de la côte et s’amarre au quai de la gare maritime de Moskenes. Autour de moi, tout est parfaitement disposé : une vieille église toute blanche se dresse sur une butte ; l’arche d’un arc-en-ciel inonde de lumière des maisons en bois qui se parent de toutes les couleurs ; des bateaux de pêche attendent patiemment l’appel du large ; des montagnes verdoyantes aux allures audacieuses s’élancent vers le ciel ; enfin, les vols des mouettes viennent parfaire ce magnifique décor de carte postale. Je quitte le port et longe la route E10 vers le village de Å Lofoten. Habituellement, j’évite les routes et la brûlure du goudron. La E10 est une exception : elle offre un premier contact tout en douceur avec l’île de Moskenesøya. De toutes les îles de l’archipel, c’est certainement la plus spectaculaire avec ses plages étroites, ses fjords profonds et ses montagnes abruptes qui jaillissent de la mer et ne laissent à l’appétit des hommes qu’une étroite bande côtière. Parmi ces hommes, il y a quelques pêcheurs qui occupent des rorbus : ce sont des cabanes de couleur rouge souvent bâties sur pilotis. Les premiers rorbus furent construits au début du XIème siècle sur ordre du roi Eystein I (Øystein Magnusson : 1088-1123) qui régna dans la partie nord de la Norvège de 1103 à 1123. Ils étaient (et sont toujours) majoritairement rouges car, à l’époque, la peinture rouge était la moins chère et la plus utilisée. Les pêcheurs dont les petits bateaux à rames étaient dépourvus d’abris y trouvaient refuge pendant les longues campagnes de pêche à la morue, au cœur de l’hiver polaire. Ces maisons traditionnelles sont les vestiges d’une époque en grande partie révolue. Elles sont devenues aujourd’hui des maisons de vacances très appréciées même si certaines sont toujours occupées par des pêcheurs. La balade sur la route E10 est l’occasion de voir ces rorbus ainsi que les maisons en bois typiques du pays, tellement norvégiennes, qui se déclinent sous toutes les couleurs, du bleu au rouge, en passant par les nuances de jaune, d’ocre et d’orangé. C’est aussi l’occasion de découvrir les séchoirs à morue faits de claies à perches croisées sur lesquelles les filets de cabillaud sont mis à sécher deux à deux, reliés par un fil sur la queue. C’est enfin l’occasion d’avoir un aperçu du relief de l’île couvert au trois-quarts de vallons truffés de lacs et de montagnes plus ou moins escarpées.
Dans le village de Å (prononcer ô) Lofoten, sous un beau soleil, le rouge des rorbus et le vert des montagnes s’harmonisent parfaitement avec le bleu des eaux du Vestfjord. Seules les hordes de touristes viennent enlaidir le tableau. À peine descendues des bus, elles s’empressent d’acheter les pâtisseries locales et de les dévorer sans même penser à manger le paysage des yeux et à s’enivrer de la beauté des lieux. L’appareil photographique (qui se réduit souvent à un téléphone portable) regarde pour eux. Les clics-clacs justifient à eux-seuls leurs voyages. Pourquoi sont-ils là ? Ils ne viennent pas s’émerveiller des paysages ou s’intéresser aux us et coutumes des autochtones. Ils viennent consommer du voyage. Deux jours sur l’archipel leur suffiront pour affirmer « j’ai fait les Lofoten ». Ils voyagent pour les autres, bruyamment, avec rapidité, sans autre but que celui de dire « j’y étais » ou celui de diffuser sur les réseaux sociaux des photos « nombrilistes » dans des postures souvent ridicules. Je les observe attentivement. Ils repartent déjà à grande vitesse comme s’ils étaient poursuivis par quelque chose d’effroyable. Ils continuent leur voyage « zapping » : clic-clac et puis s’en va ! Je déambule désormais en toute tranquillité dans les rues du village. Le soleil est encore haut, le ciel est affolé de lumière, l’air est pur, la montagne est immobile, la mer est d’huile : le temps semble s’être arrêté…
Le soir venu, des bateaux de pêche rentrent au port accompagnés de mouettes qui dansent joyeusement dans le ciel dans l’attente du festin promis. Allongé sur le lit à l’intérieur d’un rorbu, je profite du couchage confortable avant de connaître le sol inégal de la tente pendant plusieurs semaines. Et, je repense aux raisons qui m’ont poussées à venir ici et au ciment de mon rêve : je veux voyager pour moi-même, silencieusement, avec lenteur pour profiter pleinement de toutes les nuances que pourront m’offrir les paysages. J’ai trente jours pour découvrir les Lofoten au rythme lent des pas. J’ai donc du temps et de grands espaces devant moi. Peut-on rêver mieux ?
Jour 2. Premier sommet, macareux, étages de végétation
Ce matin, le soleil lance quelques éclats orangés timides à l’horizon tandis que des nuages menaçants passent au-dessus du village.
Je longe la route E10 jusqu’à son terminus, au-delà d’un petit tunnel, avant de prendre le sentier qui s’élève vers l’ouest en direction du Litlandstabben, petit sommet arrondi qui malgré son altitude modeste (65 m) offre une belle vue sur le lac d’Ågvatnet et le col d’Ågskaret qui cache la baie sauvage de Stokkvika et la mer de Norvège. C’est ma première véritable randonnée dans les Lofoten. Pour cette première prise de contact avec le terrain norvégien, il est bon de n’avoir pas à chercher le sentier. D’où vient souvent la difficulté en montagne ? De cet impératif de trouver le bon cheminement sous peine de se retrouver dans des passages délicats, de rencontrer des obstacles infranchissables ou tout simplement de se perdre. Ici, le cheminement est relativement clair pour atteindre l’objectif du jour : le sommet d’Andstabben (514 m). Il y a d’un côté, des falaises abruptes sombres mouchetées de lichens, entrecoupées de pentes herbeuses très raides, qui dominent la baie d’Andstabbvika et de l’autre, une échine verdoyante et régulière accessible par le franchissement d’un ressaut rocheux, au-dessus du lac d’Ågvatnet. Le sentier ne s’y trompe pas. Marqué de loin en loin par de petits cairns, il file vers l’ouest en terrain mouvementé et humide avant de s’élever vers le sud pour franchir le ressaut par son point faible en se frayant un passage d’abord sous le couvert des aulnes au milieu d’un enchevêtrement de troncs convulsés puis à découvert en progressant dans de petits couloirs rocheux humides. Le sentier utilise ensuite alternativement la crête ou le versant pour remonter l’échine couverte de landes rases et atteindre le sommet. Là-haut, le point de vue est remarquable sur la pointe sud et l’île de Moskenesøya avec sa multitude de montagnes escarpées et même au-delà sur l’île de Værøya.
Cette île au relief particulièrement découpé abrite le petit hameau abandonné de Måstad. Le dernier habitant l’a quitté en 1974. Jusqu’alors, le hameau vivait de la pêche et dans une moindre mesure de l’agriculture et de la chasse aux macareux. Les villageois chassaient ces oiseaux aux becs colorés pour leur viande et leurs œufs. Ils étaient aidés par une race de chiens originaires de l’île : le Lundehund. Sa petite taille, son corps très souple et son doigt surnuméraire aux pieds antérieurs lui permettent d’accéder aux abris des macareux et de les attraper facilement. « Cette race de chien très ancienne, dont on trouve déjà une description dans un texte datant du XVIème siècle, avait quasiment disparu au milieu du XXème siècle, avant que des éleveurs ne commencent à s’y intéresser. Elle reste aujourd’hui une race extrêmement rare et n’est plus utilisée pour la chasse aux macareux, ces derniers étant totalement protégés sur l’ensemble du territoire norvégien4 ».
Dans la montée vers l’Andstabben, je suis resté concentrer sur le cheminement à suivre même si la présence d’un sentier évitait les affres de l’hésitation. En revanche, dans la descente, j’ai pu tout à loisir observer la végétation de la montagne et je me suis senti à mille lieux de mes Pyrénées natales, non pas par la variété de la flore observée mais plutôt par sa présence à une altitude inattendue. Les plantes de nos montagnes, habituellement présentes vers 1 500 mètres d’altitude, poussent ici au niveau de la mer. À la limite maritime, apparaissent des plantes présentes chez nous dans l’étage montagnard et dès 300 mètres d’altitude, fleurissent celles que l’on trouve habituellement dans l’étage subalpin. La lande dite « alpine » avec ses bruyères, ses myrtilliers, ses lichens, ses mousses et ses graminées est très rase. Elle forme un épais tapis végétal. En voyageant vers le nord, je perds un peu de mes repères habituels. Je me sens un peu déboussolé car je dois m’adapter à un monde nouveau où la lumière solaire est quasi-permanente et surtout, où les plantes d’altitude de nos montagnes poussent au niveau de la mer.
Dans l’après-midi, je longe la rive méridionale du lac d’Ågvatnet. Je n’avais pas imaginé à la lecture de ma carte que le terrain serait aussi mouvementé : les contournements répétés des passages rocheux accidentés, les traversées de nombreuses zones boueuses et humides et les cheminements au milieu d’arbustes et d’arbres nains ralentissent la progression. Le tour du lac est un « grand classique » de l’archipel : pourtant, il n’y a aucun balisage, simplement de rares cairns qui réconfortent sur l’itinéraire emprunté. J’installe mon bivouac près de la presqu’île au pied du col d’Ågskaret. Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir de sentir le soleil piquant qui brûle la peau, puis le vent frais qui fait remonter le col et maintenant les nuages noirs qui libèrent leur flot : la pluie inonde la toundra et des cascades naissantes dégoulinent des montagnes.
Sous la tente, à l’abri du déluge, je ressens un bien-être libérateur…
Jours 3 et 4. Munkan, panorama, pluie
Je quitte Å Lofoten par l’asphalte de la route E10 pour revenir vers Sørvågen. À l’entrée du village, 400 m avant la superette Matkroken, je prends la route à gauche. Elle dessert quelques maisons et se termine par un parking : c’est ici que les randonneurs locaux et ceux venus d’ailleurs se retrouvent, tous bien résolus à gravir quelques-uns des plus hauts sommets du sud des Lofoten. Certains sont attirés par le Hermannsdalstinden, point culminant de l’île avec ses 1 029 m. D’autres envisagent de s’attaquer au sommet de Støvla (824 m), situé au centre d’une myriade de lacs et au-dessus du petit port de Sørvågen : la face sud-est de cette montagne, bien visible par les habitants et les pêcheurs depuis la côte, ressemble à un fauteuil géant avec une assise constituée d’un petit plateau d’environ 500 mètres, un dossier fait d’une falaise de granit sombre et des accoudoirs inexistants. Enfin, il y a ceux, les plus nombreux, qui réalisent « la randonnée la plus emblématique de l’archipel » vers le sommet du Munkan (769 m). J’avais prévu d’enchaîner les ascensions de ces trois sommets en passant une nuit dans la montagne. Mais la colère des cieux ne s’encombre jamais du désir des hommes. Après avoir foulé le plateau sommital du Munkan à l’aspect lunaire et profité de l’extraordinaire vue qu’il offre, je dois accepter la violence des contrastes et oublier rapidement le plaisir de la contemplation pour affronter une tempête, aussi soudaine qu’imprévisible. Je plante la tente près du refuge Munkebu. Toute la nuit, la pluie martèle la toile de mon frêle abri. Au petit-matin, elle tombe toujours. Je crois reconnaître en elle une pluie installée qui ne cessera de la journée. Qui dit journée pluvieuse, dit journée laborieuse sur le terrain, peut-être même dangereuse pour réaliser les ascensions prévues. J’attends dans l’espoir d’un brusque changement…
Hier, à la même heure, le ciel était d’une incroyable pureté. Une lumière vivifiante éclairait les montagnes, toutes couvertes de pied en cap d’une végétation luxuriante. Je passais devant un petit bâtiment près du lac Tindsvatnet avant de remonter des dalles rocheuses, de longer une cascade et d’atteindre le lac Stuvdaisvatnet que des panneaux présentaient comme une réserve d’eau potable. La baignade et le camping sur ses rives étaient interdits. Le sentier longeait ensuite la rive orientale de l’étendue d’eau puis s’en éloignait en s’élevant dans une zone boisée qui débouchait sur un promontoire rocheux. Ce promontoire dominait un resserrement géologique dont le fond était occupé par de petits lacs. Plus loin, le sentier, marqué de loin en loin de petits cairns, traversait une tourbière avant de décrire quelques lacets pour remonter la face herbeuse du Djupfjordheia (510 m), petit sommet arrondi qui domine à l’est un profond (« djup » signifie profond) fjord que la route E10 franchit par un viaduc. Après la traversée d’une nouvelle zone tourbeuse où les petits plans d’eau sombres étaient égayés par les fruits des linaigrettes qui formaient des boules de coton blanches et soyeuses, le sentier rejoignait le refuge de Munkebu. Derrière la bâtisse, il utilisait alternativement la crête ou le versant occidental de la montagne pour atteindre finalement le Munkan (775 m). La position géographique privilégiée de ce sommet lui vaut la réputation d’offrir l’un des plus beaux panoramas de l’île : à l’ouest, la tête rocheuse du Hermannsdalstinden domine un vallon lacustre où les étendues d’eau se superposent en occupant des cuvettes creusées par les glaciers ; au sud-ouest, le cirque de Støvla est rehaussé par une falaise dentelée de granit sombre ; au sud, les sommets de la pointe méridionale de l’île se dressent vers le ciel et l’île de Værøya, bien moins fréquentée que ses grandes sœurs en raison de son éloignement et de la moindre rotation des ferries qui la desservent, dévoile dans la brume ses contours ; au sud-est, le fjord de Djup s’ouvre sur le gigantesque fjord du Svetfjord qui sépare l’archipel du continent : avec une largeur de près de 90 km à l’embouchure et une longueur de 300 km jusqu’à Narvik, il prend des allures de véritable mer intérieure ; enfin, au nord-ouest, les nuances bleutées du fjord de Reine contrastent avec les têtes grisonnantes des sommets alentours qui rivalisent de beauté et de verticalité.
Sous la tente, j’attends toujours une accalmie. Elle arrive en milieu d’après-midi, un peu trop tard pour que je puisse espérer gravir les sommets manquants à l’appel. Alors, je profite de la relative clémence du relief pour faire quelques digressions dans la montagne : je m’offre même le luxe de parcourir une large et facile crête entre les sommets de Merraflestinden et de Kjølen sur un épais tapis moussu. Puis, je descends vers le petit port de pêche de Moskenes et le camping du village qui m’offre la garantie d’une douche chaude.
Jour 5. Pêche miraculeuse, contemplation, serpent de pierres
Je quitte le confort du camping et reprends ma traversée sur la route E10 vers le nord en direction du village de Reine. Après avoir évité un tunnel long de 1,1 km par une piste à droite qui longe la côte occidentale du Vestfjord, j’atteins le viaduc de Djupfjord où un parking aménagé accueille de nombreux camping-cars stationnés face au soleil levant. En contrebas, j’aperçois un pêcheur. Comme lui, j’ai beaucoup d’espoir et je voudrais que ma randonnée ressemble à une pêche miraculeuse. Rapidement, des touches se font sentir…
La première prise est un joli sentier qui longe la rive méridionale du fjord de Djup sous le couvert des arbres. Il se faufile par une succession de petites montées et descentes dans un enchevêtrement de racines en évitant les gros blocs rocheux et les zones humides. Lorsque les arbres ont disparu, la berge, couverte de rochers où se plaisent les algues, abrite une petite cabane solitaire vêtue de bois rouge. Située au lieu-dit de Djupfjorden, au pied d’imposants abrupts rocheux qui s’élancent vers le ciel, elle attend ses heureux propriétaires. Je les imagine venir de temps en temps « s’asseoir devant la fenêtre, le thé à la main, laissant infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances et ne plus penser à rien ».
La deuxième prise survient après une progression hors-sentier vers le nord, tantôt au milieu d’une végétation luxuriante de hautes herbes, tantôt sur des dalles rocheuses assombries par quelques mousses, mais toujours en rive droite d’un torrent qui dicte mes pas vers le lac dont il s’échappe. Posé dans un décor de toute beauté, l’étendue d’eau, entourée de pelouses alpines couvertes de graminées, est dominée à l’ouest par les farouches aiguilles du petit massif du Munkan.
La troisième prise est incontestablement la plus belle : c’est le parcours magnifique d’une puissante crête qui s’étire du sommet du Veinestindent (730 m) à celui de Reinbringen (448 m). Sous un ciel très nuageux qui n’a fait que s’assombrir avec l’avancée de mes pas, je reste de longues minutes sur le premier nommé, le temps de manger des nouilles chinoises et de déguster le panorama inouï qui s’étend à mes pieds sur le fjord de Reine. La vue me permet aussi de discerner à l’avance les objectifs des jours à venir : ici, derrière la crête herbeuse, se trouve la vallée perdue de Hermannsdalen ; là, se cache la plage de sable blanc de Dunes très prisée par les touristes ; là-bas, se dresse le Brumakseltinden, l’un des rares sommets de la zone facilement accessible à pied.
Après cette longue contemplation, l’action reprend. Je longe désormais la crête vers le sud-est, en descendant légèrement en contrebas à droite avec quelques passages ponctuels sur le fil qui offrent des vues de toute beauté sur le fjord en multipliant les angles d’observation. Je remonte ensuite une pente par un beau sentier qui se fraye un passage pour éviter les abrupts rocheux d’un sommet qu’il finit par atteindre. Là-haut, la moindre rencontre avec des randonneurs prend des allures exceptionnelles, peut-être parce que l’itinéraire emprunté est classé « difficile » dans les topos de randonnées ou peut-être simplement parce qu’aucun panneau n’indique l’existence du sentier et les beautés à découvrir. Plus loin, j’atteins le sommet de Reinebringen après un passage sur le flanc nord de la montagne assez exposé. L’ambiance change radicalement. Ce qui n’était que pur émerveillement dans le monde du silence prend une tournure plus bruyante. Au sommet et surtout sur la longue échine qui le précède, trop d’yeux, trop de bruit ! Il y a foule. Je découvre un sentier aménagé avec près de 2 000 marches taillées dans la pierre qu’un flot ininterrompu de touristes emprunte. Le village incontournable de Reine d’où ils viennent vante à grands coups de panneaux d’information les points de vue exceptionnels du site. Tous les visiteurs pensent alors au plaisir des yeux, peu imagine la douleur des mollets. En descendant les marches, je rencontre beaucoup de randonneurs – si le terme peut s’employer ainsi tant ils paraissent à la peine – qui montent en file indienne. Leurs expirations profondes scandent le rythme de leurs pas ou de leurs mécontentements. La tension est parfois palpable au sein des groupes : certains grimacent, d’autres se plaignent et il y a ceux qui jurent. Tous occupent à tour de rôle les bancs régulièrement disposés sur le parcours pour leurs offrir un moment de répit. Ensuite, ils continuent leur chemin de croix ou redescendent. Au pied des escaliers du serpent de pierres et à quelques mètres du viaduc de Djup, je trouve un petit replat dont la surface est suffisante pour accueillir ma tente. C’est plutôt une belle affaire immobilière : la vue porte loin sur les côtes norvégiennes ; je suis seul et bercé par le clapotis des vagues…
J’apprendrai plus tard que les marches de Reinebringen en pierre naturelle ont été réalisées en 2019 par le génie bâtisseur ancestral des Sherpas népalais. Elle compte parmi les 300 escaliers déjà construits dans le pays pour soi-disant valoriser le patrimoine naturel de la Norvège. Faut-il vraiment rende la nature accessible au plus grand nombre en gommant les difficultés du terrain par l’aménagement de ces escaliers ? Les autorités locales prétendent que oui en affirmant que ces escaliers réduisent le nombre d’accidents et jouent un rôle majeur de santé publique en permettant l’accès aux sports de pleine nature au plus grand nombre…
Jour 6. Fjord de Bunes, attente, retour des photons
Aujourd’hui, la marche avec un sac à dos pesant qui cisaille les épaules est très courte. Au village de Reine, à moins de deux kilomètres du bivouac, je prends un bateau-taxi jusqu’à l’entrée du fjord de Bunes. Depuis l’embarcadère, je me rends au petit hameau isolé de Vinstad fouetté par un vent frais. Vinstad qui signifie littéralement « le village du vent » n’a pas volé son nom. Des nuages bas encapuchonnent les sommets et sont peu favorables à mes objectifs du jour. Je prends les choses comme elles sont, sans réelle inquiétude, en espérant qu’Eole, seul habitant rencontré dans le hameau, chasse la couverture nuageuse.
Je longe ensuite la piste qui dessert des maisons colorées situées au fond du fjord avant de monter doucement sur un sol sableux vers le petit cimetière du hameau et le col d’Einangen. Quelques touristes venus passer quelques heures sur le site me suivent ou bien me précèdent. Au col, le vent et le froid n’invitent pas à la flânerie. J’installe ma tente face à la mer de Norvège sur un petit replat abrité du vent par des murets en pierre et j’attends patiemment que les nombreux nuages qui combinent leurs formes dans le ciel, fuient vers l’horizon et libèrent les sommets. La pitance du midi est vite avalée. En début d’après-midi, quelques apparitions de ciel bleu, même si elles sont furtives, donnent une note d’optimisme à l’attente.
Je regarde les touristes qui s’en vont avant le retour espéré du soleil. Ils sont pressés par le tic-tac de l’horloge qui rythme leur déplacement et absorbés par un planning surchargé qu’ils tiennent à respecter coûte que coûte. Ils se déplacent avec hâte ce qui les prive le plus souvent de recueillir les fruits les plus délicieux qu’offre l’archipel. Pourquoi l’homme cherche-t-il toujours à aller si vite s’il ne sait ni où ni pourquoi il avance ?
La plage a retrouvé sa tranquillité. Le bateau-taxi repart. Les nuages le suivent et les photons viennent maintenant éclairer la plage et les impressionnantes parois rocheuses de granit noir qui la bordent. C’est le moment béni pour aller gravir le pic de Brunakseltinden (513 m) par une large crête et celui de Helvetestinden (602 m) posé sur une arête très effilée dans le prolongement de la crête. Ils offrent des vues plongeantes originales sur la plage de Bunes, sur le fjord de Reine et ses ramifications et en bas, tout en bas, sur les hameaux de Vinstad et de Kjerkfjord, symbole de sécurité et de tranquillité, où les maisons apparaissent comme de simples dés. Je rentre à l’heure où les ombres s’étirent, suivi par un vent frais. Les montagnes gravies et celles alentours se prolongent jusqu'au rivage sauf derrière le col d’Einangen où se découvre la belle plage de Bunes. Certaines montagnes se drapent d’or tandis que d’autres sont déjà plongées dans l’obscurité. La plage de sable blanc fin et toute piquetée de monticules couverts de végétations est désormais éclairée par une lumière douce. Le vent du soir apporte une odeur d'algue. Le silence est à peine rompu par le cri des mouettes et le clapotis des vagues. L’endroit est idéal pour le repas du soir…
Jour 7. Baie de Horseidvika, hello, franchissement des cols
Le fjord de Reine se ramifie à l’ouest en trois bras. Ce sont respectivement du sud au nord, le fjord de Fors et sa mini-centrale électrique, le fjord de Bunes et le hameau de Vinstad où je me trouve et enfin le fjord de Kjerk et le hameau de Kjerkfjord où je me rends avec le bateau-taxi. C’est le point de départ de mon itinéraire du jour qui ne comprend pas d’ascensions mais inclut le franchissement de trois cols pour rejoindre le fjord de Selfjord. J’espère que ces cols feront mentir la plate définition du Petit Larousse « partie déprimée d’une montagne formant passage » et qu’ils m’offriront de belles surprises.
Depuis l’embarcadère, je longe la piste qui dessert quelques maisons de pêcheurs puis emprunte le sentier qui remonte au nord-ouest, en rive gauche d’un petit torrent, une pente humide à souhait où s’épanouissent des fleurs aux couleurs chatoyantes et poussent des baies appétissantes. J’atteins un col situé entre les sommets de Moltbærstinden (700 m) et Marklitinden (689 m) : il s’ouvre sur la belle baie de Horseidvika et le petit vallon verdoyant qui y mène. À peine passé le col, j’entends bruire un torrent dont l’écoulement est souterrain. Je tente de le suivre. C’est en quelque sorte une marche géographique imposée par la nature. Je le retrouve plus bas lorsqu’il apparaît en surface sur un petit plateau marécageux où il se prélasse paresseusement en décrivant quelques méandres avant d’atteindre le lac Horseidvatnet. Il reprend sa course en aval de l’étendue d’eau et après un parcours bucolique sur de vertes pelouses, il traverse une plage de sable blanc avant de se jeter dans la baie. La plage, bien que plus petite, ressemble à s’y méprendre à celle de Bunes avec ses multiples taupinières couvertes d’herbes hautes. Les montagnes qui la protègent accusent des abrupts imposants : certains se parent de gradins rocheux entrecoupés de pentes herbeuses très raides tandis que d’autres ne s’encombrent pas de tant de détails et se projettent au sol par des dalles lisses.
Lorsque je reviens vers le lac, le soleil a disparu alors qu’il brillait ce matin même s’il ne réchauffait rien. Tous les sommets ont revêtu leurs bonnets gris. C’est donc dans la grisaille que je remonte vers l’est une pente herbeuse, raide mais courte, pour atteindre un col situé entre le sommet de Kråkhammantinden (713 m) et l’arête sud du Markan. Je poursuis ensuite à flanc au nord-est, au-dessus de l’immense lac de Solbjørnvatnet pour franchir, cette fois-ci par l’arête orientale du Markan, un nouveau col qui s’ouvre sur la vallée lacustre de Fagerådalen. Parcourir cette vallée me semble relativement aisé à la lecture de la carte : « il suffit » de rejoindre le lac en contrebas et de le contourner par sa rive occidentale. Pourtant, la réalité du terrain est toute autre. Le cheminement est extrêmement labyrinthique et plusieurs sentes s’entrelacent : elles proposent des variantes pour contourner les blocs rocheux, éviter les dalles glissantes, se faufiler entre les enchevêtrements de racines et les troncs convulsés des aulnes verts, des sorbiers et des bouleaux nains, et s’écarter, autant que possible, des zones les plus humides. Pendant cette traversée, bien plus laborieuse que prévue, je n’ai croisé que quelques congénères bipèdes arc-boutés sur leurs bâtons pour mieux supporter le poids de leur liberté. Tous n’avaient pas sur les lèvres le sourire extatique du sadhou indien mais ils avaient l’air heureux d’être-là. Nos échanges ont été brefs et se sont limités à de simples salutations dans la langue de Shakespeare, tantôt « hi », tantôt « hello ». Il eut été plus plaisant que chacun salue l’autre dans sa langue maternelle. Au « bonjour » que j’aurais claironné, certains auraient répondu « hola », d’autres « god tur » ou encore « guten tag », « buongiorno », « hej »… et pourquoi pas « egun on » si quelques basques avaient été de passage. Cette simple salutation aurait permis de révéler la nationalité de l’autre et peut-être parfois, d’engager plus facilement la discussion.
En dehors de ces considérations linguistiques, ce qui me gêne le plus, c’est que je n’ai pas pu apprécier autant que je l’aurais souhaité le franchissement des cols et les nouveaux horizons qu’ils proposaient car les nuages sont toujours restés très bas : ils ont continûment caché les sommets et assombri les fonds de vallée. Pourtant, même si je préfère les couleurs des jours ensoleillés, je ressens une certaine émotion devant ces paysages entre gris clair et gris foncé (à développer ?). Plus bas, je traverse un petit bois de bouleaux nains puis une zone extrêmement humide couverte de linaigrettes en bordure du petit fjord de Stomarkpollen. Le relief est plus aéré et les sommets sont plus pacifiques que dans le sud de l’île. De petites prairies accueillent même quelques moutons. À l’approche des premières habitations, j’emprunte l’unique piste qui longe la baie jusqu’au hameau de Marka où un bon sentier me mène sur les rives du lac Markvatnet. Pas un brin, pas une ride sur l’étendue d’eau et aucune visibilité sur les montagnes qui l’entourent : le brouillard a tout avalé…
Je plante ma tente et je m’allonge. Après ces longues heures de marche, mon corps savoure le repos.
Fin
Les photons dont les scientifiques ont percé les mystères au début du siècle dernier – ils sont à la fois onde et matière – en réalisant des expériences de physique devenues cultes, viennent m’envoyer un message (c’est leur côté « onde ») et me tirer les oreilles (c’est leur côté « matière ») pour me sortir du duvet. Dehors, le ciel est totalement dégagé et les premiers rayons de soleil illuminent les paysages d’une lumière joyeuse et vivifiante. Je m’extirpe de ma couverture de plumes bien décidé à voler sur les pistes et sur la route.
Après un petit-déjeuner rapidement avalé et fort de cette intuition, je marche sur la piste qui longe le fjord de Selfjord dans un certain état d’euphorie. Je photographie quelques maisons jamais lassé par leurs structures en bois et la variété de leurs couleurs. L’une d’elles attire toute mon attention. De couleur rouge, la couleur traditionnelle des rorbus, elle n’abrite pourtant pas des pêcheurs mais des agriculteurs. Autour de l’habitation principale, un quad équipé d’un système d’épandage du fumier, une bergerie et des prairies clôturées ne laissent planer aucun doute. Le changement pressenti se confirme : le relief plus aéré laisse place à des prairies qu’exploitent les hommes par l’élevage. Mon passage est salué par quelques bêlements dont j’ignore s’ils sont de bienvenu ou de mécontentement. Ils sont proférés par des moutons petits, robustes, bien adaptés au climat et aux sols de l’archipel.
Je rejoins la route goudronnée qui relie le village portuaire de Fredvang à l’embouchure du fjord au hameau de Krystad blotti sur une presqu’île. Je me dirige vers Fredvang en longeant le fjord au pied de la face orientale abrupte du pic de Moltinden. Les paysages sont de toutes beautés, magnifiés par une lumière exceptionnelle. Je peux tout à loisir les mettre en boîte par des clics-clacs photographiques : c’est un autre avantage qu’offre le voyage à pied. Dans sa voiture, le touriste voit défiler les paysages à toute vitesse. Il n’a pas toujours la chance de pouvoir les admirer ou les photographier car il peut rarement s’arrêter sur la route ou se garer sur les bas-côtés. Le voyageur à pied s’arrête où bon lui semble, autant de temps qu’il le souhaite. L’espace et le temps lui appartiennent.
Ce sont mes derniers instants sur l’île de Moskenesøya. Après avoir franchi deux ponts en forme d’arche qui enjambent l’embouchure du fjord de Selfjord, je rejoins l’île de Flakstadøya avec en point de mire une montagne qui se dresse tel l’aileron d’un requin géant : c’est le pic de Volanstinden. Ce pic allume une étincelle dans mes yeux d’alpiniste mais il marque aussi malheureusement la fin de mon aventure norvégienne. Un bus passe. Je le prends. Il m’emmène à Moskenes où un bateau m’attend.
1 Dwight Holing, Les paradis sauvages en Europe, France Loisirs
2 Knut Hamsun, Pan (1894) traduit par Mme R. Rémusat, Paris, éd. de La Revue blanche, 1901
3 https://barevelstand.wordpress.com/2008/05/12/les-norvegiens-et-la-nature/
« En général, l’endroit est inaccessible en voiture. Les derniers deux ou trois kilomètres se font à pied l’été, à ski l’hiver. Ce chalet est sans eau courante. On tire l’eau du puits ou de l’étang. Dans certains cas, on l’emporte de chez soi, dans des jerrycans. Jugée trop douillette, la douche y est inconnue. Le chalet sera de préférence privé d’électricité, même si la vérité oblige à admettre qu’un chalet sur deux est relié au réseau. Le chalet typique est une cabane en rondins qui comprend un séjour, une ou plusieurs chambres à coucher, un appentis extérieur abritant les toilettes, une soupente à bois et un coin cuisine. Le chauffage est au bois. Lampes à pétrole et bougies doivent suffire à éclairer les longues nuits d’hiver. Cette sobriété ne s’explique pas par un souci d’économie. Bien au contraire, un chalet de montagne bien situé représente un investissement coûteux, même si l’équipement est minimal. L’absence de confort moderne s’explique par l’idéologie et l’éthique, non par l’économie ».
4 David Souyrs, Magdalena Brede, Randonner aux îles Lofoten, édition à compte d’auteur